BARBENTANE

en septembre 1915

Par décalage pour son édition, c’est l’Écho de novembre 1915 qui relate les événements de septembre et début octobre ...

Documents annexes

à télécharger

au format PDF

Le 29, à Lillers dans le Pas-de-Calais, Foch et French se concertent afin de définir des objectifs réalistes pour les jours suivants. Une partie des assaillants est mise au repos, les autres ont des objectifs très limités, comme conquérir des plates-formes sur des points hauts pour installer de l'artillerie...

 

Dans les airs, fidèles à leurs opérations aériennes, les Alliés poursuivent les bombardements stratégiques avec un grand nombre d'avions en arrière du front allemand. Le 6 septembre, ce sont 40 avions qui font de sérieux dégâts à Sarrebruck. Durant le mois, seront visés et atteints les gares et ensembles ferroviaires de Fribourg, Tergnier, Lens, Metz, Lutterbach, Grand-Pré, Dommary-Baroncourt, Donaueschingen(11), Bensdorf, Nesle, Trèves, Conflans-Jarny, Stuttgart, Offenbourg, Vouziers, Valenciennes et bien d'autres encore. Seront aussi touchés la Banque d'Empire à Trèves, des cantonnements à Ypres, Langemark et Middelkerke, les usines de Nesle et le palais royal de Stuttgart. A partir du 25, en appui des opérations au sol en Champagne, l'aviation tactique bombarde régulièrement les arrières du front allemand dans la vallée de la Suippe...

L'aviation allemande est beaucoup moins énergique, toutefois le 10, deux Taube bombardent Compiègne, un sera abattu. De nuit, des Zeppelins bombardent la City à Londres...

 

Sur mer, le 4 septembre, malgré les assurances données par le comte Johann Heinrich von Bernstorff, le paquebot britannique Hesperian, avec ses 700 passagers, est torpillé sans avis préalable par un U-Boot, toutefois passagers et équipage sont sauvés...

En fait, le sous-marin le U-20 responsable de ce torpillage "sauvage", est un prototype modifié au rayon d'action très largement accru et son épopée mérite d'être narrée : "Commandé par Walter Schwieger (le commandant qui a coulé le Lusitania), l'U-20 avait appareillé d'Emden dans l'estuaire de l'Ems le 29 août. Contournant la Grande-Bretagne par le nord des Shetlands, il avait ensuite mis le cap vers le Golfe de Gascogne après avoir longé les côtes d'Irlande, torpillant au passage le vapeur anglais Roumanie, puis le lendemain le danois Frode. Le 4, il rencontrait un voilier à la dérive, abandonné de son équipage, il s'agissait du navire britannique William T. Lewis qui avait eu maille à partir avec U-39 deux jours plus tôt. Schwieger pensait lui régler son sort avec 20 obus sous la ligne de flottaison mais finalement, il ne coulait pas et finissait par être sauvé par un autre navire britannique. A la tombée de la nuit de ce même jour, un grand navire paraissant être un croiseur auxiliaire était torpillé en plongée. Il s'agissait du paquebot britannique Hesperian qui finissait par sombrer lors de la tentative de remorquage. Le 5, à la torpille et au canon, l'U-20 coulait encore 3 navires, deux britanniques et un russe. Le 6, dans le golfe de Gascogne, il interceptait le vapeur français Guatemala et le coulait. Le lendemain, c'était le tour du Bordeaux et du Britannique Caroni, coulés l'un et l'autre d'une torpille lancée "en coup de grâce". Le Caroni avait tenté en vain de s'échapper, ne s'arrêtant qu'après avoir été touché deux fois. A court de torpilles et n'ayant plus que 40 obus, l'U-20 prenait alors la route du retour, coulant encore le britannique Mora le 8 avant d'atteindre Emden le 15 au terme d'une patrouille "fructueuse" conformément aux ordres réglementant les prises"(12)...

Le 19, une opération combinée entre la marine britannique forte de cinquante navires de guerre (croiseurs, cuirassés, destroyers, torpilleurs) et l'artillerie lourde française, fait de sérieux dégâts sur la côte belge occupée entre Nieuport et Ostende. Le 22, un contingent de 444 belges avec des automitrailleuses Mors fabriquées en France s’embarque à Brest pour débarquer le 13 octobre à Arkhangelsk, un port russe sur la mer Blanche. Il mènera sur le front russe une épopée dont on reparlera...

 

Sur le front oriental, en tous lieux, du nord au sud, l'armée russe recule, en bon ordre, en pratiquant les destructions indispensables, mais même avec le tsar Nicolas II à sa tête, elle recule quand même...

Au nord, sur la mer baltique, Riga résiste vaillamment. Mais, un peu plus au sud, en Biélorussie, sur le Niémen, Grodno devient allemande le 2. Grodino tombe quelques jours plus tard, Vilnius capitule le 18. Après cette victoire, 13 divisions de cavalerie allemandes s'élancent de la Courlande en direction de Pskov qui est située à la pointe sud du lac Piépus pour, en se rabattant vers le sud, tenter l'encerclement des armées russes du nord...

Au centre, l'avancée des empires centraux vers Pinsk se poursuit. Mais les marais du Pripet sont un sérieux obstacle et les contre-attaques russes sur les rares axes de progression praticables rendent cette avancée très coûteuse en hommes pour les assaillants. Toutefois, Pinsk, complètement évacuée par les Russes, tombe aussi à la fin du mois...

Au sud, en Ukraine, la ville de Loutsk est prise le 3, mais en Galicie, la ville de Tarnopol, érigée en forteresse, est un obstacle impossible à enlever avant l'hiver. Après 10 jours de combats acharnés, les Austro-allemands se mettent sur la défensive devant la ville. Le 8, Dans une contre-attaque d'envergure entre ces deux villes, les Russes remportent un grand succès défensif. Leur butin s'élève à 8 000 soldats austro-allemands et 200 officiers. Poursuivant cet avantage, ils reprennent la ville de Luzt et obligent les Austro-allemands à repasser sur la rive gauche du Styr. Devant cette réussite défensive, les assaillants déplacent de nombreux corps d'armée du centre vers le sud pour assurer leurs nouvelles positions...

A partir du 20 et sur l'ensemble des fronts centre et sud, les armées impériales réduisent les îlots de résistance russes pour avoir une ligne de front la plus rectiligne possible. Il est en effet très important de pouvoir stabiliser les positions acquises avant l'arrivée de la période des boues d'automne...

 

Sur le front italien, depuis le 3 septembre, le généralissime Joseph Joffre est en visite dans ce pays. Il est présenté au roi Victor Emmanuel III et il s'entretient longuement avec Luigi Cadorna, le commandant suprême italien. Ils prennent le temps d'aller inspecter quelques-unes des parties les plus caractéristiques du front de l'Isonzo...

En ce début de mois, c'est presque le calme plat au nord du lac de Garde. Tout le monde campe sur ses positions sans tenter une attaque. Plus à l'est, dans les Dolomites, les Italiens réussissent à réunir les deux fronts séparés de quelques kilomètres, entre les vallées du Haut-Piave et de Dégano. Le 7, les Austro-hongrois attaquent avec des forces conséquentes les villes de Rovereto et Mori dans les Dolomites, cette attaque échoue. Une attaque de plus faible envergure est lancée à Riva au nord du lac de Garde, elle est facilement repoussée...

Sur le front de l'Isonzo, l'essentiel de la poussée italienne se fait sur le Carso, en direction de Gorizia pour essayer de percer vers Trieste. Le 11, cette ville est presque cernée, mais les Austro-Hongrois résistent avec beaucoup de vaillance et, pour se défendre, leur artillerie utilise des obus au gaz. Le 18, dans les Alpes-Juliennes, le fort de Malborghetto, que Napoléon avait conquis de haute lutte en mai 1809, est évacué par les Austro-Hongrois qui se retirent en enlevant leur artillerie. Le 20, des dirigeables italiens bombardent le camp d'aviation d'Aisovizzi et le viaduc du chemin de fer de Nabresina sur la côte Adriatique entre Monfalcone et Trieste. Le 26, l'artillerie italienne détruit la gare et le nœud ferroviaire de Tarvis à l'extrême nord du front sur l'Isonzo. En réplique, l'artillerie austro-hongroise lance le 28 des obus incendiaires sur Monfalcone, Mandria et Adria, l'artillerie italienne contrebat avec violence cette attaque, ce qui interrompt très rapidement ce bombardement...

Ce même 28 septembre, suite à un sabotage, le cuirassé transalpin Benedetto-Brin brûle entièrement en rade de Brindisi dans les Pouilles. Son commandant, 22 officiers et 398 matelots périssent dans ce naufrage...

 

Dans les Dardanelles, les activités terrestres sont au point mort, les belligérants restant sur leurs positions sans tenter de nouvelles attaques. Toutefois, l'artillerie lourde et celle des tranchées ne sont pas muettes pour autant. Sur la mer Noire, les gros bâtiments russes s'attaquent aux navires de guerre turcs, et les unités de moindre importance poursuivent la traque des convois de marchandises. Sur la mer de Marmara, les submersibles franco-britanniques neutralisent toutes les activités maritimes...

 

Dans les Balkans, la Serbie et la Roumanie(13) concentrent des forces à l'ouest et au nord de leur territoire, le long de la route que les armées des empires centraux doivent parcourir pour faire la jonction avec l'armée turque. Le 15, les Austro-Hongrois tentent par trois fois de traverser la rivière Save qui sert de frontière avec la Serbie. L'artillerie serbe déjoue ces tentatives. Le 21, l'artillerie allemande bombarde la forteresse de Semendria en Serbie(14)...

 

En Afrique. Les ports du Cameroun (Douala, Victoria, Buéa) tombent aux mains des Alliés, mais les troupes allemandes cantonnées à l’intérieur du pays résistent...

 

Au Moyen-Orient, le 1er, un détachement de l'escadre française qui tient le blocus du littoral de la Syrie débarque sur Arouad, la seule île syrienne, située à 3 kilomètres de la ville de Tartous. Cette île, par deux fois mentionnée dans la bible, a été la dernière possession des Croisés au Moyen-Orient. A partir du 5, des Arméniens qui résistent aux massacres turcs les armes à la main, se retranchent sur le Musa Dagh (La montagne de Moïse) près d'Antioche (ville turque située au fond du golfe d'Alexandrette). Acculés à la mer, ils appellent la marine française à l'aide. Le 6, la Jeanne-d'Arc, le Desaix, le Guichen, la Foudre, l'Amiral-Charner, le d'Estrées et le transport d'avions britanniques Anne, commencent l'évacuation de plus de 3 000 arméniens. Les premiers évacués, ceux qui se sont massés sur la plage, sont des civils et des blessés. Les opérations de sauvetage se déroulent au son de la canonnade des navires qui tiennent les soldats turcs et leurs supplétifs loin des plages. Le 13, après l'embarquement des derniers combattants, l'opération est terminée et les 5 000 Arméniens sauvés d'un massacre certain seront ensuite débarqués à Alexandrie en Égypte. Vers le milieu du mois, la Turquie expédie en Syrie des approvisionnements, des canons et des munitions. Elle lève de nombreux soldats locaux, sous le commandement de 2 000 officiers allemands, pour reprendre une deuxième expédition en Égypte. Le 28 septembre, les Britanniques enlèvent Kout-el-Amar en Mésopotamie après de violents combats contre les Turcs...

 

Mais revenons à Barbentane et c'est l'Écho de novembre qui en relate l'actualité. C'est une photo du général Louis-Ernest de Maud'huy (1857-1921) qui fait la couverture, suivie d'un discours d'où il ressort que c'est Dieu qui donne la victoire. Pour la "victoire" en Champagne, le ton est plus mesuré car les listes des Morts et des blessés sont d'une cruelle réalité...

Donc, à la date du 10 octobre 1914, 202 barbentanais ont déposé en or la valeur de 82 355 francs. J'avoue que je ne comprends pas trop à quoi correspond la somme du capital nominal de 75 000 francs (intérêts ? Si oui, de quoi ?). Pour les obligations de la défense nationale, c'est plus clair...

La cantine militaire de la gare du Nord a un sacré succès avec une moyenne de 4 000 passages de soldats par semaine servis par près de 50 employés...

Dans le Livre d'Or, Jean-Baptiste Bonjean est nommé caporal, puis blessé. Il est cité à l'ordre de son régiment et décoré de la croix de guerre. L'aspirant Marcel Tourniaire est cité à l'ordre du jour de sa division...

Deux départs sous les drapeaux sont notés, ceux d'André Boyer et de Charles Bertaud. Martial-Léon Bruyère passe de la territoriale au service actif...

La liste des blessés est impressionnante. L'Écho donne pour chacun d'entre eux l'endroit, l'état de la blessure et le lieu où il est soigné. A noter que Joseph Marteau est blessé pour la 3ème fois ainsi que Théophile Pascal. On apprend qu'une famille Nacre est réfugiée à Barbentane sans savoir d'où elle est originaire. Mais c'est quand même Louis Julien, amateur de taureaux, qui signale que les batailles auxquelles il a participé sont des "mises à mort sans picadors"...

C'est par un curieux stratagème que Louis Sérignan, prisonnier libéré car amputé, a signalé son passage à Barbentane pour aller se faire soigner dans un hôpital à Cette (maintenant Sète dans l'Hérault)...

Les ventes de pochettes pour soutenir la Presse française ont rapporté 427,10 francs...

En septembre 1915, 5 Barbentanais sont Morts pour la France, dont 4 le 25 septembre(15), le premier jour de la seconde bataille de la Marne :

· Jean-Baptiste, dit Baptistin Chauvet, né à Barbentane, 39 ans, cultivateur, marié, père de famille était soldat au 115ème territorial. Il se noie accidentellement le soir du 7 septembre à Port-Saint-Louis-du-Rhône. Il habitait à l'Escapade et ses funérailles seront célébrées en l'église de Rognonas le 15 septembre. Il est inscrit sur notre Monument aux Morts et sur le nécrologe qui est dans l'église. Sa photo, en civil, figure sur le Tableau d'Honneur en mairie de Barbentane.

· Célestin Védrine, né à Fournès dans le Gard, 44 ans, militaire de carrière, marié, père de 3 enfants était sous-lieutenant au 44ème régiment d'infanterie. Adjudant en retraite avant la guerre, il s'est réengagé à l'ouverture des hostilités. C'était un Barbentanais de cœur, et il écrivait à l'Écho le 10 avril 1915 "…si la vie me donne le bonheur de retourner, mon premier voyage sera dans le midi, au bon soleil de la Provence, dans ce cher Barbentane…". Il est tué dans la seconde bataille de la Marne le 25 septembre 1915 à Saint-Hilaire-le-Grand. Horreur de la guerre, son neveu Antonin Vernet, soldat au 3ème régiment de marche des zouaves, fils de sa belle-sœur Marie Marchand, est tué au même endroit et le même jour. Un service funèbre en sa mémoire est célébré en l'église de Barbentane le 28 octobre 1915. Il est inscrit sur notre Monument aux Morts et sur le nécrologe qui est dans l'église.

· Émile Vayen, né à Barbentane, 28 ans, marié, sans enfant était caporal au 24ème régiment d'infanterie coloniale. Il est porté disparu dans l'Écho de décembre 1915. Il ne sera déclaré mort au combat le 25 septembre 1915 à la Main de Massiges dans la seconde bataille de la Marne que par un jugement du tribunal d'Avignon le 29 juillet 1920. Il est inscrit sur notre Monument aux Morts et sur le nécrologe qui est dans l'église.

· Eugène Crozet, né à Berre-l'Étang dans les Bouches-du-Rhône, 27 ans, marié, était caporal au 132ème régiment d'infanterie. Il est le fils du premier mariage d'Henri Crozet, employé des douanes, né à Chapareillan en Isère, domicilié à Marseille et qui a épousé en secondes noces en 1899 à Barbentane Marie Françoise Serignan. Il est tué le 25 septembre à Souain-Perthes-lès-Hurlus dans la seconde bataille de la Marne. Un service funèbre est célébré en sa mémoire dans l'église de Barbentane le 17 novembre 1915. Il n'est inscrit que sur le nécrologe qui est dans l'église.

· Antonin-Louis, dit Antonin Vernet, né à Barbentane, 24 ans, célibataire était soldat de 1ère classe au 3ème régiment de zouaves. Il est porté disparu dans l'Écho de décembre 1915. Il ne sera déclaré mort au combat le 25 septembre 1915 à Saint-Hilaire-le-Grand dans la deuxième bataille de la Marne que par un jugement du tribunal de Tarascon le 28 avril 1922. Il est donc décédé le même jour et à peu de distance de son oncle Célestin Védrine. Il est inscrit dans la section des disparus sur notre Monument aux Morts et sur le nécrologe qui est dans l'église.

· Henri Moucadeau, né à Barbentane, 21 ans, cultivateur, célibataire était soldat de 2ème classe au 2ème régiment de marche de zouaves. Il est tué le 25 septembre, à 11h00 du matin, même pas deux heures après le début de l'attaque (9h15) à Saint-Hilaire-le-Grand dans la seconde bataille de la Marne. Un service funèbre est célébré en sa mémoire en l'église de Barbentane le 19 octobre 1915. Il est inscrit sur notre Monument aux Morts et sur le nécrologe qui est dans l'église. Sa photo figure sur le Tableau d'Honneur en mairie de Barbentane. Il repose toujours au cimetière militaire de Jonchery-sur-Suippes dans la Marne.

Dans le courrier militaire, Jean Bruyère se considère comme un vrai terrassier à force de construire des boyaux ; Antoine Rosanti écrit de Cosenza, ville de Calabre en Italie. Il est à croire que c'est un Barbentanais, Italien d'origine, qui combat maintenant sous l'uniforme de son pays. En tout cas il est très heureux de recevoir l'Écho ; Pierre Ayme raconte une drôle d'histoire à base de confitures ; Auguste Issartel emploie le mot "poilus" pour désigner les soldats de la territoriale "de 40 à 46 ans" qui travaillent à l'arrière du front ; J-B Sérignan au Maroc est passé en revue par le général Lyautey ; J-M Courdon est heureux d'avoir pu, pour la première fois depuis treize mois, serrer la main à quelques Barbentanais ; Léopold Michel est passé directement de Belgique à Casablanca au Maroc ; Raoul Saint-Michel fait la moisson "sous le nez des boches" ; J. Audibert signale que la pluie ne cesse de tomber et Jules Ayme est tout content de voir des Barbentanais avec qui il a passé un bon moment...

En septembre 1915 il y a eu 2 baptêmes et un parrain absent a été remplacé par une déléguée. Deux enterrements sont aussi notés, un en septembre, et un en octobre...

Guy

La Situation dans le Monde en Guerre en Septembre 1915

En France, depuis le début du conflit, l'information sur la guerre est très canalisée quand elle n'est pas muselée. Ralliés à "l'Union sacrée", la totalité des journaux épousent la cause de la guerre, ne divulguant que des informations déformées, incomplètes, voire mensongères, venues de l'état-major, un bon "bourrage de crâne" en bonne et due forme. Le 10 septembre, c'est la naissance du journal satirique Le Canard Enchaîné qui dynamite les codes de la profession. Il est créé par un journaliste, Maurice Maréchal, et un dessinateur fantaisiste et farfelu, Henri-Paul Deyvaux-Gassier. Tous deux sont des anars confirmés, et de talent, qui refusent de se mettre au garde-à-vous. Ils ne disposent, au départ, que d'un appartement et de 10 000 francs, avec comme idée d'appeler leur création Le Canard Sauvage. Finalement, les deux compères conservent le "Canard", mais décident, par ironie, qu'il sera "Enchaîné". Des centaines de journaux maniant tout autant l'ironie qu'eux naissent aussi à cette époque, mais comme les hommes, ils meurent tout aussi rapidement dans l'enfer des tranchées. Le Canard Enchaîné a l'avantage de conquérir un public bien au-delà des poilus, parvenant le plus souvent à contourner la censure par des périphrases, et utilisant intensément le second degré. Avec l'Humanité, il sont les deux seuls journaux(1) toujours fidèles à l'idée du journalisme de leurs créateurs, et Le Canard Enchaîné est encore vivant, et bien vivant, 100 ans après. Le 20, Louis Lyautey, commissaire-résident général au Maroc, exprime au ministre des Affaires étrangères, Théophile Delcassé, le regret de ne pas pouvoir accueillir au Maroc les 5 000 Arméniens de Syrie sauvés des massacres ottomans et alors à Port-Saïd. Selon lui, leur seule présence causerait une profonde impression sur les milieux indigènes déjà perturbés par la propagande étrangère. Le 27, les délégués financiers franco-britanniques et les banquiers étasuniens sont d'accord pour lancer aux USA un emprunt de 500 millions de dollars auprès des grosses banques. Le 30, à l'unanimité, sans débat, la Chambre des députés vote l'augmentation de la solde des caporaux et soldats du front. Elle est désormais portée à 25 centimes par jour...

Officiers allemands du 74 RI au Reichsackerkopf dans les Vosges

Anciennes tranchées allemandes conquises dans le sang par les Britanniques en Artois

Munitionnettes au travail dans une usine française (photo autochrome)

Abattoir de campagne dans les Vosges

Le casque Adrian

Canon italien de 305 tirant sur Malborghetto sur le front nord de l’Isonzo

Dépôt de munitions allemands en Argonne

Carte de l’Artois en 1915

Prisonniers russes en Pologne

A Reims, remise de décoration dans l’armée de la rue le 22 août 1915 (photo autochrome)

Le front de Champagne en septembre 1915

Préparation des containers au gaz par les Britanniques en Artois

Le front russe en septembre 1915

Artilleurs recevant les instructions par des avions de reconnaissance de l’artillerie

Soldats allemands à Montigny (Nord)

Cagnas au Linge dans les Vosges (photo autochrome)

Abris allemands habilement camouflés en Champagne

Quelle folie la guerre !

Zone de Texte: Pour revenir à la page d'accueil de mon site de Barbentane, cliquez ici !!!
Zone de Texte: Vous pouvez toujours m'écrire, cliquez ici et ce sera fait
Ou alors à cette adresse : bne.lagramillere@free.fr

Barbentane, le plus beau village de l'Univers

Tous mes remerciements à toutes celles et ceux qui m’ont aidé dans ces tâches de reconstitution de notre patrimoine barbentanais : prêt de brochures, de photos, des Écho de Barbentane, aide, corrections et autres…

Guy

Zone de Texte: Pour accéder aux archives des Écho déjà publiés, cliquez ici !!!

Tranchée conquise au Trou Bricot en Champagne

Boyaux camouflés à Souain

Vendeurs de journaux en arrière du front français

Artilleurs français casqués montant au front en Champagne

Canon de 65 des artilleurs alpins dans les Vosges

En Grande-Bretagne, devant l'entrée en guerre de la Bulgarie, l'état-major est inquiet pour l'avenir des troupes franco-britanniques dans les Dardanelles, mais aussi pour la situation militaire de la Russie. D'ailleurs, certains officiers britanniques qui ne manquent jamais d'humour, encore moins d'autodérision, n'hésitent pas à lancer des paris pour savoir quels seront les premiers arrivés à Constantinople : les armées allemandes-austro-hongroises-bulgares en traversant la Serbie, ou le corps expéditionnaire franco-britannique par la remontée de la presqu'île de Gallipoli...

En Allemagne, le 1er septembre, suite au naufrage de l'Arabie, le comte Johann Heinrich von Bernstorff, qui est l'ambassadeur d'Allemagne aux USA, écrit au secrétaire des Affaires étrangères à Washington que les sous-marins allemands ont maintenant l'ordre d'appliquer les règles de la loi corsaire contre les paquebots. C'est-à-dire de ne couler aucun navire ayant des passagers à bord, à la condition qu'il n'offre aucune résistance. Le 14(2), l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, l’Empire Ottoman et la Bulgarie signent une nouvelle alliance secrète qui élargit l'accord du 3 septembre entre les Bulgares et les Turcs. En cas de victoire, et si elle déclare la guerre dans les 35 jours à la Serbie et aux Alliés, la Bulgarie obtiendrait la partie gréco-serbe de la Macédoine avec un débouché sur l’Adriatique. Le 22, le 3ème emprunt de guerre rapporte 12 milliards de marks. Le 31, les stratèges de l'état-major considèrent que l'offensive en Russie est à son maximum avant la trêve des boues d'automne et l'hiver. Grâce au chemin de fer, ils décident de transférer le plus rapidement possible 250 000 soldats du front oriental en Lorraine. Après un bon repos et un réarmement en matériel moderne, ils envisagent de les utiliser pour une grande offensive en France vers le début de l'année 1916...

En Russie, le 6 septembre, c'est le tsar Nicolas II qui prend en personne le commandement des armées russes. De fait, il relève le grand-duc Nicolas de ses fonctions de généralissime, mais il masque cette destitution en le nommant vice-roi du Caucase où il ne se passe plus rien depuis deux mois. Le 8, la Douma publie le programme du Bloc progressiste. En dehors de l'affirmation de principes généraux et de sa demande au pouvoir impérial de renoncer à son attitude de méfiance systématique envers les "organisations publiques", ce programme prévoit une large amnistie politique ; une politique progressiste par l'octroi d'une autonomie dans le cadre de l'Empire russe aux populations "fédérées" de Pologne, Ukraine, Pays Baltes, etc... ; la suppression des diverses mesures limitant les droits des Juifs et le rétablissement des syndicats professionnels...

En Italie, suite au sabotage puis au naufrage du cuirassé Benedetto-Brin, l’opinion publique gronde. Une campagne de presse amène la démission des amiraux Leone Viale, ministre de la Marine, et Paolo Emilio Thaon di Revel, chef d’état-major général. C’est le point de départ de nombreuses mutations en cascade dans le haut commandement maritime en Italie...

Dans les Balkans, le 3 septembre c'est la signature, entre la Bulgarie et l'Empire ottoman, d’un accord assurant à la Bulgarie une rectification de frontières jusqu’à la ligne du fleuve Maritsa en Thrace orientale. Le 21, Vasel Radoslavov, président du Conseil bulgare, lance l'ordre de mobilisation générale, il le justifie devant les Alliés comme le simple passage de la neutralité "désarmée" à la neutralité "armée". Le 22, sans attendre l’assentiment du roi Constantin, le premier ministre grec Eleuthérios Vénizelos, communique à la France et à la Grande-Bretagne la suggestion d’un débarquement allié dans le port de Thessalonique situé au fond du golfe Thermaïque dans le nord-ouest de la mer Égée. La France accepte le lendemain, la Grande-Bretagne le surlendemain. Le 23, le roi Constantin de Grèce signe officiellement le décret de mobilisation générale. Le 24, la Bulgarie décrète la mobilisation des classes de 1890 à 1912. La Grèce mobilise les classes de 1892 à 1911. L'état-major serbe fortifie et déclare zone de guerre la région frontalière avec la Bulgarie. Le 26, l'accord turco-bulgare concernant la cession de territoires à la Bulgarie est officiellement annoncé à Sofia, la capitale du pays. Le 29, deux ministres bulgares en désaccord avec la guerre donnent leur démission au roi, et le parti d'opposition somme ce dernier de trouver une solution pacifique au conflit. Du coup, le gouvernement décrète l'état de siège. Le 31, à la Chambre grecque, le président du Conseil déclare que son pays s'opposera militairement à toute tentative d'un État balkanique qui voudrait créer, en sa faveur, une situation prépondérante...

Aux États-Unis, le président Wilson autorise des prêts bancaires aux gouvernements belligérants. Jusqu'en avril 1917, l’Allemagne empruntera 27 millions de dollars et les Alliés plus de 2 milliards. Le 16, un traité est signé entre Haïti et les États-Unis. Ces derniers prennent le contrôle des droits de douane du pays jusqu’en 1934...

En Suisse, les 5 et 6 septembre, c'est la conférence socialiste de Zimmerwald, une ville dans le canton de Berne. Elle est organisée par le socialiste suisse Robert Grimm. Elle réunit trente-huit délégués de différents pays d'Europe (Léon Trotski, Vladimir Ilitch Lénine, Jules Guesde, Gustave Hervé, Rosa Luxembourg, Giancinto Menotti Serrati, etc...). Les délégués dénoncent la guerre dans un manifeste en plusieurs chapitres dont la Déclaration franco-allemande commune aux socialistes-syndicalistes français et allemands. La conférence publie un manifeste rédigé par Léon Trotski qui dénonce la guerre comme une barbarie directement produite par le capitalisme, ainsi que le chauvinisme et le militarisme...

En Extrême-Orient, le 2 septembre, le Japon annonce qu'il mobilise son industrie pour apporter une aide efficace à la Russie...

 

Sur le front en France, de la mer du Nord, jusqu'à la frontière Suisse, tant du côté des Alliés que de celui des Allemands, tout ce qui peut lancer des obus, quelle que soit sa taille, est utilisé. La canonnade est quasi continue, de nuit comme de jour. Poursuivant leur stratégie, les Allemands bombardent les villes de l'arrière, le plus souvent avec des bombes incendiaires. Les Franco-britanniques, moins pourvus en artillerie à longue distance, concentrent la leur sur les voies de communications et sur les cantonnements ennemis à portée. De temps en temps, l'artillerie allemande emploie des obus suffocants sur les premières lignes, mais sans obligatoirement faire suivre ces attaques par des assauts d'infanterie...

Après des essais peu concluants, les Allemands, créateurs des lance-flammes, les utilisent parfois contre les Alliés. En mai 1915, les Français forment, et c'est pour le moins paradoxal, une cinquantaine de pompiers de Paris au maniement de cette nouvelle arme. Testée pour la première fois en situation réelle au mois de juin à la butte Vauquois, l'arme française dite "Schilt", impressionne par un jet de flammes si puissant qu'il détruit un dépôt de munitions ennemi pourtant éloigné. Mais, revers de la médaille, l'explosion rabat le mélange enflammé vers les lignes françaises et fait autant de dégâts humains chez les Français que chez les Allemands(3). Donc, malgré des avantages indéniables, surtout son effet de surprise, on trouve beaucoup de défauts à cette arme : lourde, encombrante, et peu facile d'utilisation, car on calcule qu'il faut au moins 18 mètres d'écart entre deux tranchées pour limiter les risques d'un retour de flamme mortel...

Dans les Vosges, à la bataille du Linge, le général Gaston d'Armau de Pouydraguin, qui a remplacé le général Charles Nollet, estime que les positions françaises sont intenables. En effet, accrochées à découvert, dans des pentes raides en contrebas de l'ennemi maître des sommets, elles ne servent qu'à faire augmenter les pertes déjà considérables. Le 31 août, à 11h, l'artillerie allemande ouvre le feu sur les lignes françaises du Linge, du Schratz, du Barrenkopf et sur le camp arrière du Wettstein, coupant toutes les communications. A 13h, les obus explosifs laissent place aux obus au gaz. Les hommes, pris d'étourdissements et de nausées, suffoquent. Le nuage mortel planera sur les prés à l'arrière des lignes durant 18h, empêchant l'arrivée des renforts. A 17h, l'infanterie allemande se rue à l'attaque. Des contre-attaques françaises limitent le terrain perdu. Les offensives se poursuivent et, le 9, grâce à une attaque surprise aux lance-flammes, les Allemands occupent pendant une courte période le sommet du Schratzmännle, mais une contre-attaque les en déloge rapidement. Un calme, très relatif quand même, s'installe pour le reste du mois sur ce champ de bataille...

A partir du 25, débute une offensive française de grande envergure en Champagne, coordonnée avec une attaque de diversion franco-britannique en Artois. L'histoire retiendra sous le nom de "Seconde bataille de Champagne"(4) cette charge. Ses buts de guerre sont divers : soulager la pression des armées des Empires Centraux sur l'armée russe en retraite, tenter de relancer la guerre de mouvement et, accessoirement, aider Joffre car il est de plus en plus contesté en tant que généralissime par les autorités politico-militaires françaises. En Champagne, le terrain choisi fait vingt-cinq kilomètres de long entre Aubérive à l'ouest dans la vallée de la Suippe, et Ville-sur-Tourbe à l'est dans la vallée du même nom. L'axe d'attaque est situé sud-nord, le terrain est presque plat, peu boisé et surtout sans agglomérations pouvant servir de fortifications. Comme on espère une issue rapide, les deux armées françaises désignées pour l'assaut sont chacune, et exceptionnellement, renforcées par un corps supplémentaire de cavalerie. Comme lors de la bataille de l'Artois en mai, les préparatifs sont minutieux et, pour la première fois, les poilus portent un casque...

Le casque Adrian(5) est conçu pour protéger les soldats des éclats d'obus qui explosent au-dessus des tranchées(6). La présence d'un cimier, réminiscence des casques de cavalerie, est destiné à amortir les chocs sur la tête. Comme la plupart des casques de cette époque, il n'était pas question d'essayer d'arrêter directement une balle de fusil ou de mitrailleuse. Fabriqué dans une tôle d'acier laminé d'une épaisseur de 0,7 mm, ce modèle de casque qui pèse moins de 750 grammes, est plus léger que les casques allemands (Stahlhelm) et britanniques (Brodie) qui apparurent par la suite. Les premiers casques sont peints en bleu brillant ce qui, avec les effets du soleil, en fait d'excellentes cibles. Du coup, les soldats les passent dans la boue pour les camoufler, et ils seront peints en bleu mat par la suite. 3 125 000 casques sont remis à l'armée française à partir d'août 1915(7)...

En Champagne, les accès aux premières lignes sont dédoublés, les stocks de munitions encore plus conséquents que ceux faits en mai en Artois, les repérages effectués par l'aviation sont très nombreux et détaillés. D'ailleurs, à cet endroit, chaque tranchée ennemie, chaque bois, chaque point stratégique est désigné par un nom, certains deviendront célèbres : La Main de Massiges, La Ferme du Navarin, Le Bois Jaune, Le Bois Sabot, Beauséjour, Le trou Bricot, etc... Les troupes d'assaut qui suivront les premières vagues sont rassemblées à l'arrière, et à l'abri, sur de grands espaces appelés "Place", la plus importante est surnommée Place de l'Opéra...

Sous le commandement d'Édouard de Castelnau, les forces françaises sont considérables. Philippe Pétain dirige la 2ème armée, et Fernand de Langle de Cary la 4ème, soit près de 500 000 hommes avec la cavalerie associée. L'artillerie aligne 1 100 bouches à feu de tous calibres, ce qui fait 1 canon tous les 20 mètres environ...

Du côté allemand, ce sont à peine 150 000 soldats qui tiennent cette partie du front. Mais les multiples et ingénieuses fortifications du secteur compensent largement cette faiblesse relative. Fins tacticiens, les militaires prussiens usent d'une grande ingéniosité dans la guerre des tranchées. Celles de premières lignes peuvent paraître sommaires, mais c'est un piège. Très abondamment protégées par des réseaux barbelés densifiés au maximum, elles ne servent qu'à "briser" l'élan des attaquants. Les tranchées suivantes sont autrement plus fortifiées avec des fortins légèrement surélevés et bétonnés permettant aux défenseurs, par des tirs croisés de mitrailleuses, d'empêcher toute progression sans occasionner des pertes considérables. Dans le no man's land, un homme debout est un homme mort. En plus, le terrain à contre-pente protège leurs fortins de l'artillerie lourde et les ouvrages sont bien camouflés, ce qui les rend difficiles à déceler par l'aviation, encore plus par les observateurs terrestres d'artillerie. Même les boyaux de ravitaillement sont aussi protégés, le plus souvent camouflés, parfois couverts, ce qui les rend indécelables pour les artilleurs...

Initialement prévue le 8 septembre, repoussée une première fois au 15, l'attaque d'infanterie est finalement arrêtée pour le samedi 25. A partir du 22 et pendant 2 jours, l'artillerie de campagne, essentiellement des 75, laboure les tranchées ennemies de premières lignes et s'époumone à tenter de détruire les réseaux de barbelés. Le 24, l'artillerie lourde s'active plus en profondeur pour détruire les fortins connus, les tranchées arrière ainsi que les voies de ravitaillement y compris les gares de Bazancourt et de Challerange...

Hélas, en septembre 1915, malgré tout le soin apporté à la planification minutieuse des assauts, une variable pourtant essentielle reste totalement imprévisible : la météo(8) !!! Si, du 22 au 24, le beau temps permet des actions d'artillerie efficaces, dans la nuit du 24 au 25, une lourde pluie automnale vient délayer la craie molle et blanchâtre qui est la caractéristique de la terre de Champagne. L'état-major, conscient de la dégradation des conditions d'attaque, se pose la question de la reporter une nouvelle fois. L'approvisionnement en munitions pour l'artillerie rend ce report impossible...

L'heure de l'assaut général est fixée à 9h15. Le jour est triste, pluvieux, la terre détrempée. Sur l'ordre de commandement "En avant ! Vive la France !" des milliers d'hommes sur 25 kilomètres de front s'élancent sus aux tranchées allemandes. Décrire la bataille en détail reviendrait à écrire un livre(9). Sur la gauche du front, la progression est vite stoppée tellement les réseaux de barbelés sont denses. A La Ferme des Wacques, un ensemble de fortifications complexes rend le lieu inexpugnable. Au centre, à Souain, l'assaut donne quelques résultats initiaux, mais bien vite il butte là-aussi sur un dispositif fortifié tout aussi imprenable(10). A l'ouest, l'assaut a plus de succès, les soldats franchissent la première ligne d'un seul élan. A la Main de Massiges, ils investissent les "doigts" mais ils se heurtent, là aussi, à des points de résistances trop fortement armés pour être investis sans être démolis en détail par l'artillerie. Globalement, à la fin de la journée, la progression est très inégale, même si des succès initiaux sont notés avec une prise non négligeable de prisonniers et de matériel chez l'ennemi. Mais, à part quelques morceaux de premières lignes, le front est intact. Les Allemands, un temps déstabilisés, se reprennent vite. Après quelques hésitations et d'âpres discussions à l'état-major, ils décident de tenir bon. Des renforts sont promptement acheminés aux points les plus névralgiques...

Le lendemain, la bataille reprend. A l'ouest, les troupes d'assaut finissent par investir la première ligne allemande, mais sans pouvoir aller plus loin. Partout ailleurs, on réduit les points de résistance, mais sans franchir la deuxième ligne. Le 27, au troisième jour, des succès partiels, comme la conquête méthodique de la Main de Massiges, donnent l'impression de victoire. Les Allemands reçoivent de nouveaux renforts qui font plus que colmater les pertes. Au quatrième jour, les troupes françaises liquident les derniers points de résistance dans l'espace conquis, comme à Maisons de Champagne mais, à aucun endroit, ils ne parviennent à entamer la deuxième ligne. Le 1er octobre, Castelnau suspend les combats d'ensemble en raison de pertes humaines trop importantes et de l'épuisement des munitions d'artillerie. Toutefois, il donne l'ordre de réduire les derniers îlots de résistance encore tenus par l'ennemi. La bataille n'est pas finie, elle reprendra en ce lieu et dans son ensemble le 6 octobre...

En Artois, comme en Champagne, l'attaque de "diversion" débute elle aussi le 25 septembre, mais légèrement plus tard, à 12h25. Comme en Champagne, la pluie lance son offensive à 13h00. Tout le front devient marécage, les soldats progressent parfois avec de la boue jusqu'aux genoux. A la fin de la journée, les résultats sont nuls au sud de l'attaque. Les Français, commandés par Ferdinand Foch, obtiennent quand même quelques résultats au centre. Par contre, au nord, les Britanniques, commandés par John French, franchissent d'un seul élan les premières lignes allemandes. Ils s'emparent facilement de Loos et atteignent les premiers faubourgs de Lens. Le lendemain, au prix d'un effort formidable et très coûteux, le château de Carleul et Souchez, juste à côté, sont pris. Pourtant, ce village installé dans une cuvette avait donné l'idée aux Allemands de transformer ce lieu en un vaste marécage. Le génie français est obligé de jeter sur les douves du château des passerelles pliantes et des troncs de bois partout pour permettre le passage des fantassins. Le lendemain, les Allemands abandonnent les îlots de résistance dans Souchez et se replient sur leur deuxième ligne. Le 27, les assaillants se réorganisent et combattent plus souvent la boue que l'ennemi. Dans la journée du 28, l'offensive progresse. Les Français s'emparent des tranchées de seconde ligne dites Lubeck et Brême en direction de Vimy...

Les Britanniques ont pour objectif le bassin minier dans le secteur de Loos-Hulluch, situé sur la plaine de la Gohelle. Le général Douglas Haig, fidèle à son habitude de déclencher des assauts à grande échelle sans se soucier des pertes, a concentré 75 000 soldats pour l'attaque, ce qui constitue un des plus gros efforts britanniques depuis le début du conflit. D'ailleurs, son état-major qualifie cette poussée de Big Push et il table sur une supériorité numérique de 1 à 7. Mais c'est un mirage, car les troupes sont épuisées par les pertes subies au printemps et comme l'insuffisance de l'approvisionnement en obus persiste, l'aventure s'annonce très périlleuse. Le 21 commence un bombardement qui va durer 4 jours. Il déverse 250 000 tonnes d'obus sur les tranchées ennemies sans réel succès. Le 25 au matin, avant que les troupes d'infanterie ne s'élancent, et pour la première fois, les Alliés emploient des gaz de combat. Les Britanniques libèrent 140 tonnes de gaz au chlore contenues dans 5 000 cylindres placés en première ligne. On espère que cette attaque va annihiler la première ligne allemande où les soldats ennemis ne disposent que de masques à gaz très rudimentaires. Mais les vents tourbillonnent et les Britanniques sont aussi touchés. Il n'y a que 7 morts, mais plus de 2 600 attaquants sont mis immédiatement hors de combat. Les Allemands, pourtant les initiateurs de cette arme terrible, sont frappés de panique et plus de 600 sont gazés à mort...

Le premier jour, la zone sud de l’attaque enregistre un succès spectaculaire. Les assaillants, partiellement masqués par des écrans de fumée, s’emparent du village de Loos, de la Colline 70 et avancent vers Lens. Faute de munitions et de renforts, la progression s'arrête presque aussitôt, et les Allemands reprennent facilement la Colline 70. L'attaque dans la zone nord se heurte aux redoutables défenses de la Redoute Hohenzollern, un vaste complexe de tranchées et d'abris. Les redoutables mitrailleuses Maxim MG-01 font des ravages et plus de 8 500 britanniques sont tués en une seule journée. Ce sont les pertes les plus élevées pour les Britanniques depuis le début du conflit. Malgré cela, ils arrivent à s'emparer d'une partie des premières lignes de la Redoute Hohenzollern. Dans la nuit, les renforts allemands arrivent en masse pour enrayer l'attaque. Le 26, les assaillants reprennent l'attaque sans l'appui de l'artillerie. C'est un nouveau massacre. Pire, les Britanniques reculent et abandonnent certaines positions prises la veille. Durant plusieurs jours la bataille fait rage sans plus de succès. En désespoir, l'état-major britannique ordonne la retraite. C'est un échec retentissant...

Réfugiés arméniens sur La Foudre en route pour l’Égypte

Cadavres de poilus en Champagne

Cuisines françaises dans le Dardanelles

Carte de La Main de Massiges en Champagne

Une partie de la première page du Canard Enchaîné du 10 septembre 1915

L’Écho de Barbentane de novembre 1915

(1) De cette époque, il nous reste aussi Le Figaro. C'est un titre qui vit encore, mais on ne peut pas dire, encore moins écrire, qu'il est toujours fidèle à l'esprit de ses créateurs.

(2) Certaines publications datent cet accord secret au 6 septembre. Il est donc possible qu'il y ait eu une signature le 6, puis une autre le 14, entre tous ces pays.

(3) En mémoire, une stèle aux armes des sapeurs-pompiers de Paris, est installée à Vauquois.

(4) La première étant celle menée entre le 14 décembre 1914 et le 17 mars 1915.

(5) Il était aussi prévu, et à la même date, un changement d'uniforme par un de couleur "bleu-horizon", mais il ne sera porté par les poilus que beaucoup plus tard, en automne 1916. Ce modèle de casque porte le nom de son concepteur, le sous-intendant militaire Louis Adrian, polytechnicien intègre et très compétent aux multiples inventions pratiques. Des milliers d'hommes lui doivent la vie.

(6) Avant son apparition, 77% des blessures sont localisées à la tête et 80% sont mortelles. En 1916, ce type de lésion ne représente plus que 22% des dommages corporels.

(7) Plus de vingt millions de casques Adrian modèle 1915 ont été produits et ils ont équipé les soldats des armées les plus diverses : italiens, belges, russes, roumains, serbes, yougoslaves, grecs, thaïlandais et bien d'autres encore.

(8) A ma connaissance, seul le général étasunien Georges Patton a fait appel aux forces surnaturelles pour avoir une météo favorable. Lors de la bataille des Ardennes, en décembre 1944, où le temps était exécrable, il fait venir l'aumônier principal de sa 3ème armée et lui donne l'ordre, puisque cela est de sa compétence selon ses dires, que lui et ses semblables en soutane disent des prières jour et nuit afin de faire revenir le beau temps pour accélérer la délivrance des GI assiégés à Bastogne. Et c'est par beau temps que cette attaque, pourtant très périlleuse du point de vue tactique, s'est déroulée.

(9) Et ils sont déjà fort nombreux. J'ai, pour ma part, trouvé sur ce site, le meilleur compte-rendu, le plus détaillé aussi, des journées de cette tragique bataille.

(10) C'est dans l'assaut de la ferme-cabaret de Navarin que Blaise Cendras, alors légionnaire car de nationalité suisse, est gravement blessé. Il y perd un bras et, 30 ans plus tard, il décrira son récit de guerre dans son livre La Main Coupée.

(11) Donaueschingen est une ville allemande située en Forêt-Noire, dans le Bade-Wurtemberg où les deux cours d'eau, le Brigach et le Breg, nés sur le plateau de Baar, donnent naissance au Danube.

(12) La guerre sous-marine 14-18, Arnauld de la Perrière

(13) En septembre 1915, la Roumanie n'est pas encore en guerre. Celle-ci ne sera déclarée que le 27 août 1916 et la Roumanie se rangera aux côtés des Alliés. Elle combattra alors les Allemands, les Austro-Hongrois, les Turcs et les Bulgares. Elle sera soutenue directement par les armées impériales russes au moins jusqu'en octobre 1917.

(14) Les débuts de la construction de cette forteresse datent de la conquête turque du XVème siècle. Le 5 juin 1941, à 14h14, le stock de munitions entreposé là par les Allemands explose, ravageant la forteresse et toute la ville jusque dans un rayon de 10 kilomètres. 2 500 personnes sont tuées sur le coup et presque toute la population de la ville est blessée.

(15) Il nous faut conter ici la tragique histoire de la famille de Jean Silvère Linsolas. Jean-Silvère était le fils de Charles Linsolas (1808-1881), cultivateur barbentanais et d'Élisabeth Ayme (1813-1850). Il est né le 20 juin 1846 à Barbentane (il décède à Noves le 12 décembre 1914). Il épouse en 1872 à Noves Marie Blanc (1853-1907) originaire de Monteux (84). Lorsqu'ils se marient, ils s'installent aux Paluds-de-Noves, où il est boulanger. Ils achètent ou font construire une maison avec un four à 100 mètres du Pont de la Roubine au début du chemin de Verquières, quartier des Mules. D'ailleurs, ce pont est toujours appelé par les Palunais le "Pont de Jean des Pains". Sur la fin de sa vie, il deviendra menuisier et fera plus spécialement des cercueils. Ils ont 9 enfants, dont 6 seulement dépassent l'âge de 20 ans : Louise-Euphrasie (1873-1928), Auguste (1875-1960), Julien-Antoine (1878-1915), Joseph-Firmin (1884-1915), Charles-Eugène (1886-1915) et Cyprien-Louis (1890-1916). Sur leurs 5 garçons, 4 seront tués à la guerre 14-18, dont 3 en 1915 :

· Julien-Antoine Linsolas : 36 ans, né à Noves (Bouches-du-Rhône), soldat au 98ème Régiment d'Infanterie, il décède d'une méningite cérébro-spinale le 22 février 1915 à l'hôpital temporaire des contagieux de Rethenans à Belfort (Territoire-de-Belfort), il était marié et père de deux enfants ;

· Charles-Eugène Linsolas : 28 ans, né à Noves (Bouches-du-Rhône), soldat de 2ème classe au 2ème régiment de zouaves de marche, il est tué face à l'ennemi le 25 septembre 1915 à Saint-Hilaire-le-Grand (Marne), il était marié et père d'un enfant ;

· Joseph-Firmin Linsolas : 31 ans, né aux Paluds-de-Noves (Bouches-du-Rhône), soldat de 2ème classe au 226ème régiment d’infanterie, il est tué face à l'ennemi le 28 septembre 1915 à Souchez (Pas-de-Calais), il était marié et père deux enfants ;

· Cyprien-Louis Linsolas : 26 ans, né à Noves (Bouches-du-Rhône), soldat de 2ème classe au 7ème bataillon de chasseurs alpins, il est porté disparu, puis déclaré tué au combat le 27 août 1916 à Maurepas (Somme) par un jugement du tribunal de Tarascon en date du 17 décembre 1920, il était célibataire mais aurait eu une fiancée du nom de Germaine Taton.

Une consolation, Jean-Silvère et son épouse Marie sont morts avant de connaître le tragique destin de leurs 4 derniers enfants. Une dernière information, Auguste le frère survivant, veuf en 1911, épouse en 1920 la veuve de son frère Joseph avec laquelle ils ont de nouveau 2 autres enfants...

Stocks de munitions dans une usine en France

Le cuirassé italien Benedetto-Brin qui coulera en rade de Brindisi le 28 septembre

Légionnaire prêt à bondir de sa tranchée dans les Dardanelles

Brigade lance-flammes des sapeurs-pompiers de Paris